EURORDIS et l'évaluation technologique de la santé

EURORDIS Summer school 2010À l'heure où les erreurs en matière de politique de santé publique deviennent de plus en plus coûteuses, les décisions prises dans ce domaine jouent un rôle plus important que jamais. Mais comment les autorités de santé prennent-elles ces décisions capitales qui ont souvent la faculté de changer la vie des malades ? L'évaluation technologique de la santé (ETS) fournit un élément de réponse.

L'ETS est un domaine multidisciplinaire d'analyse des politiques publiques qui examine les effets à long terme des technologies de santé, existantes ou nouvelles, qu'il s'agisse de médicaments, d'appareils médicaux, de procédures ou de systèmes organisationnels utilisés dans le système de santé. L'ETS évalue également les implications médicales, sociales, éthiques et économiques de ces interventions. Cette démarche a pour objectif de soutenir les décisions en matière de santé publique et de servir l'élaboration de politiques au moyen d'informations objectives.

Aujourd'hui, l'ETS joue un grand rôle dans la détermination des niveaux de remboursement. Elle peut par exemple être utilisée pour analyser le coût d'un médicament orphelin en fonction du bénéfice qu'il apporte, afin d'en déterminer le prix et la politique de remboursement, une approche que la communauté des maladies rares défend depuis longtemps. « L'ETS doit servir de moteur dans la mise en œuvre des critères développés dans le secteur des maladies rares pour décider du bénéfice-risque, de l'efficacité relative et de la rentabilité des interventions de santé », affirme Gerard Nguyen, bénévole chez EURORDIS et Rett Syndrome Europe, qui a participé à une séance de formation à l'ETS. « Les rapports d'ETS doivent se fonder sur des notions promues depuis longtemps par EURORDIS afin de prendre de bonnes décisions en matière de santé publique : il s’agit notamment de la valeur clinique ajoutée, de l'efficacité relative des médicaments orphelins ou du concept de bénéfice significatif. »

EURORDIS Summer school 2010L'évaluation technologique de la santé est un processus fondé sur la preuve. Mais quelles preuves les patients peuvent-ils fournir ? Les malades ont leur mot à dire dans tous les aspects de l’ETS, mais il y a un élément très important auquel ils peuvent apporter une réelle contribution : la description des bénéfices ou des effets non désirés d'une technologie de santé. Il n'est toutefois pas facile de comprendre comment transformer ces points de vue, préférences et besoins fondamentaux en preuves qui puissent être utilisées par les organismes d'ETS. C'est pourquoi il est essentiel que les patients comprennent ce processus et participent à sa définition.

« EURORDIS a déjà commencé à allouer d'importantes ressources en vue du renforcement des capacités de son personnel et de ses bénévoles. Nous continuerons également à participer aux activités liées à l'ETS afin de mieux servir les besoins des malades dans ce domaine stratégique, qui évolue rapidement », déclare Yann Le Cam, Directeur général d'EURORDIS. EURORDIS sait que l'ETS est importante car elle est directement liée à l'accès aux soins et à leur qualité. Nous sommes convaincus que cette démarche commence à avoir des répercussions directes sur la réorganisation des services de santé destinés aux patients atteints de maladies rares, notamment les centres d'expertise, les registres, les médicaments, les niveaux de diagnostic et de soins, les formations pour les professionnels et l'information. Et nous pensons que cette influence va s'accroître. Si l'on utilise mal l'ETS en adoptant une approche économique limitée, on risque de connaître des difficultés majeures en termes d'accès des malades aux soins. Cependant, l'ETS peut aussi contribuer à réguler l'offre de soins en fonction des critères de qualité, d'efficacité relative et de rentabilité, tout en redéfinissant des solutions cohérentes, centrées sur le patient, qui garantissent la qualité et le développement à long terme des services de santé. »

Cinq membres d'EURORDIS (personnel et bénévoles) ont suivi en février une formation d'initiation à l'ETS à l'Université des sciences de la santé, de l'informatique et des technologies médicales, en Autriche. L'ETS était également au cœur des débats de l’Université d’été d’EURORDIS, qui a eu lieu en septembre dernier. Plus de 30 représentants de patients y ont été initiés aux principaux outils de l'ETS par des universitaires, des représentants d'organismes d'ETS et de l'industrie ainsi que des experts de la santé publique. Les participants ont également eu l'occasion de parler de leur expérience de l'ETS lors d’une réunion-débat.

Le prochain conférence ETS de l'Association d'information sur les médicaments (DIA) aura lui aussi pour thème central la participation des malades et de l'industrie dans les prises de décision basées sur l'ETS. Cette rencontre, liée à la Conférence de la DIA du 3 novembre « Quelle orientation pour les médicaments orphelins en Europe», se tiendra les 4 et 5 novembre en présence de malades de plusieurs pays, membres d'EURORDIS.

EURORDIS s'est par ailleurs fortement impliquée dans le projet EPPOSI intitulé « Participation des patients à l'évaluation technologique de la santé ». Une première réunion privée, organisée fin juin, s'est donnée pour objectif de déterminer le rôle que les malades pourraient et souhaiteraient jouer dans l'ETS. EURORDIS comptait parmi les 25 experts invités à donner leur opinion et partager leur expérience. En novembre, l'organisation participera au prochain atelier EPPOSI avec plusieurs représentants. Cette rencontre publique se penchera sur la définition d'une approche plus large de l'ETS, qui dépasse la simple recherche de rentabilité pour intégrer des préoccupations éthiques, sociales et autres.

« Les considérations sociales et éthiques sont plutôt floues et mal délimitées dans la définition dominante de l'évaluation technologique de la santé et c'est là un aspect de l'ETS auquel EURORDIS et d'autres associations de patients peuvent apporter davantage de rigueur », souligne Rob Camp, représentant d'EURORDIS, qui a lui aussi reçu une formation approfondie sur l'ETS. « Les représentants de malades doivent veiller à éviter que l'ETS ne se limite à une simple fixation des tarifs, en particulier lorsqu'il s'agit d'interventions de santé qui concernent des patients atteints de maladies rares, ajoute Gérard Nguyen. Les associations de malades peuvent influencer ce processus en faisant un travail de lobbying dans les organismes d'ETS. »

C'est pourquoi EURORDIS a voulu rejoindre le réseau européen pour l'évaluation technologique de la santé (EUnetHTA) et occupe désormais l'une des quatre places de représentant des malades au Forum EUnetHTA, dont les parties prenantes ont tenu leur première réunion en juin. EUnetHTA est une initiative de l'Union européenne destinée à améliorer la coordination et harmoniser les outils d'évaluation utilisés par les principaux organismes d'ETS en Europe.

Pour en savoir plus :
Guide sur l'ETS à destination des patients
Glossaire sur l'ETS à destination des consommateurs et des patients


Auteur : Paloma Tejada
Traducteur : Trado Verso
Photos: © EURORDIS

Cet article a été publié une première fois dans l’édition de novembre 2010 de la newsletter d’EURORDIS.

Page created: 24/10/2010
Page last updated: 13/04/2012